L’État, berceau au tombeau de la Politique ?

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Le mois dernier nous avons eu le plaisir de recevoir l’essayiste Guillaume Travers, qui venait nous parler de son livre édité par La Nouvelle Librairie : La Société de surveillance, stade ultime du libéralisme. Dans cette conférence G.T distinguait la liberté des anciens, qui résultait de l’équilibre de la Cité et d’une certaine réciprocité politique, de celle des modernes, abstraite et individualiste, que l’homme recherche frénétiquement comme un but absolu. Mais puisque « L’excès de liberté ne peut tourner qu’en excès de servitude » comme nous le signalait déjà Platon, la société actuelle, soumise à cette conception moderne de la liberté, a dérivé peu à peu en société de contrôle, où l’Etat encadre et régule nos moindres faits et gestes. Dans ce contexte, l’intérêt viscéral que la politique suscite chez les Français se conjugue à une défiance profonde envers l’Etat et ses institutions. Comment expliquer ce phénomène paradoxal ? On vous répond !

 Brève généalogie de la notion de Politique

Il est d’abord nécessaire de saisir le fait que la Politique et l’Etat sont deux notions distinctes, bien qu’elles soient, à notre grand dam, souvent confondues aujourd’hui. Si celle de Politique, observée dans les sociétés humaines dès les premiers âges, a été conceptualisée par les Grecs, poursuivie par la civilisation romaine puis parfaite par la société féodale chrétienne, celle de l’Etat est relativement récente puisqu’elle naît à la Renaissance sous la plume de Machiavel et que, dès lors, elle s’est peu à peu substituée à la première, comme un astre peut en éclipser un autre, s’appropriant ainsi sa lumière et son prestige. Dans le paradigme civilisationnel gréco-romain et médiéval, l’homme n’est pas considéré comme un être isolé mais comme le membre d’une communauté dans laquelle il est encastré. La politique est, dans ce contexte, le truchement par lequel les pairs de la société s’organisent afin de trouver le cadre le plus favorable à l’obtention d’une vie pérenne. Au fil des siècles, les manifestations politiques furent diverses et variées, allant de la simple cellule familiale au système féodal en passant par le tribalisme ou la citoyenneté grecque. Mais si différentes soient-elles, ces émanations conservent un socle commun fondamental : l’idée selon laquelle l’homme est d’abord et avant tout le membre d’un corps social duquel dépend son bonheur (au sens aristotélicien du terme) et, avec l’introduction du Bien commun par le Moyen-Âge, son salut. Pour les Anciens, la notion de politique n’est ni abstraite ni lointaine, elle est ancrée dans le quotidien de chacun et désigne des relations concrètes, incarnées, puisqu’elle passe par l’intermédiaire de liens personnels. Chacun connaît ainsi personnellement celui qui le commande directement au cœur de la grande hiérarchie sociale. Ce principe trouve son exemple le plus éclatant dans le système féodal, où chaque seigneur accorde sa fidélité à son supérieur par des liens d’allégeance.

Quand l’Etat éclipse la politique

Entraînés par les nouvelles idées de la Renaissance que sont l’individualisme et le rationalisme, Machiavel – suivi de Bodin, Hobbes, Locke et Rousseau – va initier la rupture historico-philosophique sur laquelle reposent les fondations de la politique moderne, en échafaudant une théorie de l’Etat, qui sera complétée par ses successeurs. Selon Machiavel, les hommes étant incapables d’atteindre les desseins qu’ils désignent comme idéaux pour la communauté, ils devraient tout bonnement se désintéresser de cette poursuite illusoire et chimérique en renonçant à exercer le pouvoir et en le déléguant aux mains de ceux qui peuvent agir. Une fois cette révolution faite, le sort de la Cité devient subsidiaire : l’Etat ne devra non plus tendre vers la justice, la paix, le bien et la prospérité, mais s’assurer que le gouvernement accomplisse jusqu’au bout l’action qu’il a choisi de réaliser, en s’affranchissant au besoin des obstacles moraux qui pourraient entraver sa route. En résultent sa boulimie de puissance, sa tendance à s’étendre, à accroître son emprise et son contrôle, d’où les fameux préceptes : La raison d’Etat et « la fin justifie les moyens ». Cette institution, qui agglutine de manière totalement artificielle des individus les uns à côté des autres, n’est autre qu’une coquille froide et désincarnée, ce Léviathan dont parlait Hobbes. Cette dissociation entre la vie de la communauté et l’État, désormais tout puissant, signe, non pas le triomphe de la Politique, comme certains le prétendent, mais sa mort programmée. En France, le passage de la conception classique de la communauté politique à la notion moderne d’État s’est effectué subrepticement entre le XVIe siècle de Jean Bodin et la Révolution des Lumières. Mais comme le temps est long du projet à la chose, cette évolution ne s’est ressentie dans les faits qu’à partir des années soixante-dix. Comment ne pas voir dans la forme actuelle de l’Etat post-moderne, bureaucratique, technocratique et managérial, abstrait et lointain, mais paradoxalement omniprésent et étouffant, la réalisation de cette théorie ?

De la gouvernance

Ce nouveau phénomène abstrus délaisse ainsi la verticalité organique pour l’horizontalité froide, la hiérarchie pour le réseau, la loi pour la régulation, la sanction pour l’évaluation, la règle pour l’objectif, le territoire pour l’espace, le peuple pour la société civile, la légitimité pour la transparence, le souci de justice pour celui de l’efficacité ; en deux mots, le gouvernement pour la gouvernance. Nouvel étendard brandi par nos gouvernants comme le garant d’une politique « éthique et transparente », le concept de gouvernance ne doit pas nous leurrer : inspiré des techniques du management privé, il est définie par Christophe Beaudouin comme un « processus polycentrique de coordination des acteurs, groupes sociaux, qui ne sont pas tous étatiques, ni même publics, pour atteindre des buts propres négociés en réseau, dans des univers fragmentés et incertains ». Un mot nous revient à l’esprit devant cette association de mots déstabilisante : l’indétermination. Nous faisons face à un processus, une construction permanente, qui ne commence et ne cesse jamais, sans racine ni centre, et dont l’Union européenne est l’exemple le plus abouti. Degré supérieur vers la mort programmée de la Politique, les organisations supranationales parachèvent la théorie de l’Etat en instaurant de nouveaux intermédiaires abstraits et hors-sol, en étouffant les libertés et en confisquant le peu de souveraineté qui subsiste encore.

Si l’État est fort, il nous écrase ; s’il est faible, nous périssons

Instruits par ce constat, que pouvons-nous faire ? En priorité, retrouvons le sens profond et authentique de la politique. Refusons d’être noyés par les rouages d’un système institutionnel en devenant les jouets de la politique politicienne, dont le grand piège est de paralyser toute aspiration idéaliste en enfermant les acteurs de la vie publique dans les méandres des votations politiques et de l’esprit procédurier. Le véritable homme politique, le « citoyen », celui qui œuvre aux affaires de la Cité, doit être tout entier dévoué au bonheur  de ses semblables au lieu d’être le serviteur de cette institution froide qu’est l’Etat-Léviathan. Cela ne signifie pas qu’il faille quitter l’administration, les institutions ou les partis politiques, au contraire ! Nous devons investir ces milieux afin d’y rétablir le sens du bien commun. A cette fin, il convient justement de renouer des liens personnels entre les gouvernants et les gouvernés : la chose publique doit être incarnée par des personnes et non par des partis-systèmes ou des institutions hors-sol. L’arme de cette ambition est la politique locale : les maires ne sont-ils pas les élus les plus appréciés des Français ? Ils sont de fait les premiers à se démener au quotidien pour les habitants de leurs communes, qui leur rendent bien souvent une vive reconnaissance. Nous avons besoin d’exemples en qui placer notre confiance et de guides qui suscitent notre admiration.

Enfin, nous sommes bien peu de choses pour changer les institutions, mais il ne nous est pas interdit d’espérer le retour du Politique tout en conduisant en nous-mêmes les réformes que nous voudrions appliquer à l’échelle du pays. Restons stoïques, il est des choses qui nous échappent fatalement. Si Sade et Soljenitsyne partagent le même constat, ils n’ont pas eu les mêmes inclinaisons, quand le premier préfère se conformer à la turpitude de son siècle, le second se dresse face à la dégénérescence du sien. « Je n’ai pas la force, tout petit individu que je suis, de m’opposer à l’énorme machine totalitaire du mensonge, mais je peux au moins faire en sorte de ne pas être un point de passage du mensonge. » Nous devons donc tout faire pour hâter le retour d’un Etat, émondé de ses défauts, et qui retrouve ses prérogatives régaliennes et sociales, le contrôle de ses frontières, ainsi que sa souveraineté politique et monétaire. Le rôle de la Politique dans les années à venir sera sans doute de contraindre, de limiter et de diriger l’Etat vers le bien commun, l’empêchant ainsi de tomber dans l’écueil du totalitarisme, car c’est là sa pente naturelle.

Maylis.C

 

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