Guillaume Travers : la société de surveillance, stade ultime du libéralisme

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La Cocarde Etudiante recevait le 1 avril Guillaume Travers pour parler de son livre “La société de surveillance, stade ultime du libéralisme”. Vous trouverez ici un résumé de la conférence.

 

Dans notre société le discours libéral-libertaire est hégémonique et pourtant, les formes de contrôle social sont de plus en plus oppressantes : paradoxe ou un aboutissement ?

À cause de la terminologie, on associe le libéralisme à la liberté, et donc l’anti-libéralisme au rejet de la liberté. Or le libéralisme est né au XVIIIe, tandis que cela fait au moins depuis les Grecs que l’on parle de liberté. Quelles sont donc les différences entre la vision libérale et la vision traditionnelle de la liberté ?

La liberté des modernes est celle de l’individu, alors que la liberté des anciens était politique (voir Benjamin Constant). Cela découle d’un postulat anthropologique : l’homme était considéré comme un animal social, un zoon politikon(πολιτικὸν ζῷον, Aristote), c’est-à-dire un être vivant membre d’une cité. Donc l’on était défini avant tout par l’appartenance communautaire. L’individu n’existait que sur une toile de fond d’héritage. Il était ainsi avant tout appelé par son nom de famille, qui représente sa lignée. Pour les Grecs, ce qui est libre n’est pas l’individu par rapport au groupe, mais la liberté de la communauté, sa capacité à s’épanouir dans son espace géographique et sa culture. De même au Moyen Âge, l’homme appartient à une communauté villageoise, corporatiste ou paroissiale… et c’est cela qui le rendait libre !

La liberté antique n’est donc pas un concept abstrait, mais un ensemble de capacités concrètes : la participation au gouvernement, le droit d’épouser une citoyenne, de posséder un lopin de terre… Elle n’est pas une liberté a priori, mais le résultat d’un enracinement : c’est parce qu’il est citoyen grec qu’il peut faire de telles choses. C’est une conception relationnelle de la liberté : c’est la relation aux autres qui fait naître les droits individuels. Le droit n’est donc pas considéré comme la propriété d’un individu, mais comme un équilibre entre différents individus. Par conséquent, la liberté a toujours une contrepartie (un terroriste qui est arrivé depuis une heure d’un pays étranger n’aura aucun droit) : il faut hériter, mais aussi mériter sa citoyenneté. C’est un long processus d’apprentissage, comme le charpentier du Moyen-Âge qui devait appartenir à sa corporation et y prouver ses capacités en produisant un chef-d’œuvre. De cet aspect concret découle la diversité des droits qui, dépendant de la communauté, changent selon chaque coutume locale.

Au contraire les Lumières et ses libéraux (Condorcet, Adam Smith…) définissent l’Homme abstraitement, par son humanité seule, sans considérer d’où il vient. La politique devient administrative, quand elle n’est pas simplement condamnée : la société se judiciarise (voir les analyses de Carl Schmitt contre le normativisme). Cela proclame la fin de toute communauté politique, d’où le dogme du libre-échange : pas de devoirs, mais le simple fait d’être Homme suffit pour avoir des droits.

Le non-dit de cette conception moderne de la liberté : on est en apparence beaucoup plus libre, il n’y plus de limite territoriale et ethnique ; or cela aboutit en fait à un contrôle social bien plus dur.

Comment tient l’ordre social ? Avant, par des mécanismes informels : la plupart des relations sont personnelles, avec des êtres familiers, du moins de même culture. D’où l’importance de l’honneur : un artisan produit des biens de qualité pour sa réputation, pour la confiance qui lui est accordée, à lui et ses descendants. Mais Smith écrit clairement : « un marchand n’a pas de nation. Sa nation est là où le porte son meilleur intérêt ». Or pour que la société tienne sans lien communautaire, comme la réputation n’a plus de prise, il faut des institutions formelles et contraignantes (tribunaux, polices, administrations). Donc le remplacement du contrôle social informel par un contrôle formel, beaucoup plus abstrait, distant, coupé des communautés vivantes : ainsi voit-on le libéralisme coïncider avec l’extension indéfinie de l’État. Contrôle qui n’est plus coextensif avec la communauté, ni partie prenante, mais extérieur, donc brutal. Par exemple, la fin des frontières aboutit à la multiplication des caméras de surveillance et à la fin de l’anonymat.

La citoyenneté de fait n’existe plus : ainsi l’a-t-on vu avec la crise du covid, où toutes les libertés ont pu être retirées, avant que le gouvernement ne se décide à fermer les frontières. Le Conseil d’État accepta tout sauf la suspension du regroupement familial. Appartenir à la cité n’assure aucun droit. Cependant, appartenir à l’humanité assure le droit de venir dans la cité.

Opposition manichéenne entre individualisme et fusion de l’individu dans le groupe.En fait ces deux options sont les deux faces d’une même médaille qui produit l’indifférenciation des individus, où les particularités disparaissent que ce soit dans la communauté ou dans l’humanité. Troisième voie possible : une communauté à taille humaine permettant l’équilibre entre particularité individuelle et la communauté. Dans la société traditionnelle en effet, chacun est différent, mais chacun est à sa place. C’est la société organique. Mais cela est incompatible avec le monde moderne : Olivier Rey (Une question de taille) montre qu’une société trop vaste mène forcément à la fin de l’individu, devenuinutile, invisible, ou simple rouage de la « grande machine » (Günther Anders).

Le monde féodal se met en place à une époque d’effondrement et d’invasions : c’est le besoin de sécurité qui crée les communautés. La fragmentation communautaire va revenir inévitablement, mais cela risque d’être contraint et forcé. L’enjeu est de recréer des communautés avant que l’on y soit contraint par la catastrophe : mais le survivalisme est un écueil, remplaçant l’horizon politique par un trou de serrure individualiste. À quoi cela sert-il de survivre dans un monde où la France n’est plus ?

 

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