Immigration et tabous libéraux : texte inédit d’Edward Abbey

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La Cocarde Étudiante vous propose la traduction inédite d’un texte brûlant d’actualité de l’écrivain et militant écologiste américain Edward Abbey (1927-1989), paru en 1988 dans le recueil One Life at Time, Please. En vous laissant le soin de découvrir l’oeuvre d’Edward Abbey et de vous renseigner sur le parcours atypique de ce personnage, dont certaines oeuvres sont traduites en français, arrêtons-nous néanmoins sur le point qui nous intéresse ici : pourquoi diable un activiste de sa trempe, un homme des espaces désertiques de l’Ouest américain, adopte t-il une position si ferme à l’égard de l’immigration ? Plutôt que d’étonner, cela devrait apparaître comme évident. De manière crue parfois, l’auteur tient à montrer qu’il n’y aura pas d’existence humaine durable et harmonieuse possible dans un monde trop “plein”, saturé par le monde industriel mais aussi par la croissance démographique. Et ce d’autant plus lorsqu’un “trop plein” est attiré de manière irréversible vers le Nord (les États-Unis), charriant avec lui non seulement des corps, mais aussi des mentalités et des cultures qui menacent d’ébranler la société d’accueil. Un texte vieux de plus de trois décennies mais dont vous trouverez sans peine l’actualité et la justesse de vue. Bonne lecture ! 

 

Dans le Sud-Ouest américain, où il m’arrive de vivre, à seulement soixante milles au nord de la frontière mexicaine, le sujet des clandestins est particulièrement sensible. La terminologie également est dangereuse : le vieux mot wetback[1] est désormais considéré comme une insulte raciste par tous les bons libéraux ; et les termes parfaitement corrects de clandestin et d’immigré illégal peuvent donner lieu aux accusations de xénophobie, d’élitisme, de fascisme, ainsi qu’au génocide très apprécié de quiconque à l’imprudence de les employer. Il semble bien que le seul euphémisme acceptable soit ce qu’on appelle un travailleur sans papiers. Ainsi la femme Mexicaine enceinte qui, arrivée proche du terme de son labeur, se présente aux portes du service d’urgence d’un hôpital d’El Paso ou de San Diego, demandant à être prise en charge ainsi que l’enfant qu’elle s’apprête à donner, devient une « travailleuse sans papiers ». L’enfant devient automatiquement un citoyen Américain en vertu de son lieu de naissance, éligible d’emblée à l’ensemble des prestations sociales habituelles. Et avec l’enfant ne vient pas seulement la mère mais la famille de l’enfant. Et la famille de la mère. Et la famille du père. On ne peut tout de même pas séparer des familles, n’est-ce pas ? Elles viennent pour rester et elles restent pour se multiplier.

Et alors ? disent les libéraux instruits ; nous sommes une nation riche et généreuse, nous avons de la place pour tous, laissez-les venir. Et laissez-les s’installer, disent les conservateurs ; un surplus de main d’œuvre nombreuse, bon marché, intimidée et docile est exactement ce dont l’économie a besoin. Semez la crainte dans les syndicats : resserrez la discipline, stimulez la productivité, favorisez la concurrence de l’emploi. Les conservateurs aiment leur travail bon marché ; les libéraux aiment leur cause bon marché. (Aucun des deux, vous noterez, n’invite jamais les immigrés à venir chez eux. Pas chez eux !). Les deux factions sont soutenues par la corne d’abondance des économistes de l’économie en perpétuelle expansion, qui continuent à croire que notre ressource fondamentale n’est ni la terre, l’air ou l’eau, mais les corps humains, de plus en plus de corps humains, plus il y en a mieux c’est, ruche sur ruche, le monde sans fin – ignorant le fait que les nations qui s’adonnent le plus avidement à cette croyance, telles qu’Haïti, Porto Rico et le Mexique, pour n’en citer que trois, ne semblent pas se porter à merveille. Elles ressemblent plutôt en fait à des catastrophes explosives au ralenti, à des fourmilières volcaniques qu’à des sociétés humaines qui fonctionnent. Mais ce que nos économistes universitaires ne verront pas et ne reconnaîtront pas est terriblement évident pour les latinos : ils affluent toujours plus nombreux vers le nord.

« Laissez-les s’installer, disent les conservateurs ; un surplus de main d’œuvre nombreuse, bon marché, intimidée et docile est exactement ce dont l’économie a besoin. »

Pendant ce temps, ici chez nous au pays de l’abondance infinie, nous semblons toujours incapables de résoudre nos difficultés traditionnelles et tenaces. Après quarante ans de la plus fantastique croissance économique dans l’histoire de l’humanité, les États-Unis restent accablés par le chômage de masse, la pauvreté permanente, un système social surchargé, le crime violent, des tribunaux engorgés, des prisons pleines à craquer, le délit commercial (« en col blanc »), des villes en pourrissement et un environnement empoisonné, des terres agricoles qui s’érodent et la disparition de l’exploitation familiale, toutes les formes habituelles de conflit ethnique racial et sexuel (que l’immigration aggrave encore), ainsi que la destruction continue de ce qui reste de nos forêts, champs, montagnes, lacs, rivières et littoraux, qui s’accompagne de l’extermination d’espèces entières de plantes et d’animaux. Pour ne nommer que quelques-unes de nos petites difficultés tenaces.

Cela étant, il vient à l’esprit de certains d’entre nous que la croissance industrielle et démographique continue n’est peut-être pas la véritable route vers le bonheur de l’humanité, qu’une augmentation quantitative brute de ce genre ne crée que douleur, bouleversement, désarroi et misère. Dès lors serait-il peut-être sage pour nous, en tant que citoyens Américains, d’envisager de mettre un terme à l’afflux massif d’encore plus de millions de gens affamés, ignorants, non qualifiés et culturellement-moralement-génétiquement appauvris. Au moins jusqu’à ce que nous ayons remis de l’ordre dans nos propres affaires. Surtout quand ces millions de gens non invités apportent avec eux un mode de vie étranger qui – soyons honnêtes là-dessus – n’est pas souhaité par la majorité des Américains.  Pourquoi donc ? Parce que que nous préférons un gouvernement démocratique, d’une part ; parce que nous avons toujours l’espoir d’une société ouverte, vaste, non bondée, et belle, oui, belle!, d’autre part. Étant donné la misère, la cruauté et la corruption de l’Amérique latine, l’alternative est évidente aux yeux de tous.

« Nous n’avons rien à gagner, et tout à perdre, à laisser le vieux bateau être inondé. »

Oui, je sais, si les Amérindiens avaient appliqué une telle politique, aucun de nous, honkies [2]au visage pâle, ne serait là. Mais les Indiens étaient imprudents et divisés, et ils échouèrent à mettre dehors nos ancêtres WASP. Ils le regrettent depuis.

Il y a un temps pour tout, toute vague a une limite, et toute plage une capacité d’accueil optimale. Les États-Unis sont entièrement peuplés, et plus que remplis, depuis un siècle au moins. Nous n’avons rien à gagner, et tout à perdre, à laisser le vieux bateau être inondé. Combien d’entre nous, honnêtement, voudraient être submergés par la civilisation latino-caribéenne ? (Hurlements de « Racisme ! Élitisme !  Xénophobie ! » de la part des camarades marxistes et des libéraux instruits.) Ce sont des mots durs, mais quelqu’un doit les dire. Nous ne pouvons pas jouer à « faire comme si » plus longtemps, pas dans l’état actuel du monde.

Par conséquent, fermons nos frontières nationales à toute immigration massive supplémentaire, légale ou illégale, d’où qu’elle vienne, comme le font toutes les nations du monde. Les moyens sont disponibles, ce n’est qu’un problème technico-militaire. Même notre Pentagone devrait être capable de s’en charger. Nous disposons d’une armée quelque part sur cette planète, ramenons nos soldats au pays et disposons-les là où ils seront vraiment et immédiatement utiles aux contribuables qui les financent. Une fois fait, nous pouvons commencer à concentrer notre attention sur les affaires intérieures tant négligées. Nos affaires intérieures. Tout le monde en profiterait, y compris les voisins. Surtout les voisins. Ah oui. Mais qu’en est-il de ces centaines de millions d’affamés, ces milliards qui se hâtent, désirant ardemment rejoindre les États-Unis depuis le moindre coin sombre et désespéré du monde ? Devons-nous simplement les ignorer ? Les rejeter ? Une telle voie est-elle possible ?

« La pauvreté, disait Samuel Johnson, est le grand ennemi du bonheur humain. Elle détruit à coup sûr la liberté, rend certaines vertus inatteignables et d’autres extrêmement difficiles ».

Tu peux le redire, Sam.

La pauvreté, l’injustice, la sur-reproduction, la surpopulation, la souffrance, l’oppression, le régime militaire, la misère, la torture, la terreur, le massacre : ces maux anciens se nourrissent et se reproduisent les uns les autres en une symbiose synergique. Pour briser ces cycles d’épreuves, au moins deux nouvelles forces sont nécessaires : l’équité sociale et le contrôle des naissances. Nos voisins hispaniques avancent à tâtons vers cette découverte. Si nous voulons vraiment les aider nous devons cesser de nous mêler de leurs troubles domestiques et leur permettre de mener la révolution sociale, politique et morale qui est à la fois nécessaire et inévitable.

Ou si nous devons nous en mêler, comme nous l’avons toujours fait, mêlons-nous en de manière constructive. Arrêtons chaque campesino[3] à notre frontière sud, donnons-lui une arme de poing, un bon fusil, et une caisse de munitions, et renvoyons-le chez lui. Il saura quoi faire avec nos cadeaux et nos salutations. Les gens savent qui sont leurs ennemis.

[1] Émigré mexicain entré clandestinement aux États-Unis.

[2] Terme péjoratif pour désigner les Blancs.

[3] Paysan latino

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