Doit-on se réjouir de la réduction des écarts salariaux entre les hommes et les femmes ?

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Mars désarmé par Venus, Jacques Louis David, 1824

 

À rebours des illusions idéologiques : La désindustrialisation, cause réelle de la convergence des rémunérations.

 

A en croire les féministes l’inégalité salariale serait la preuve flagrante que nous vivons dans un système patriarcal totalitaire et structurel. On pourrait d’emblée leur objecter que, si l’inégalité était toujours vérifiée, la demande de travail adressée aux femmes augmenterait mécaniquement, puisqu’elles coûteraient moins cher. On peut aussi les renvoyer simplement à l’article de Karin Agnes Lips, (« Don’t Buy into the Gender Pay Gap Myth », Forbes, 2016), qui défait le mythe du « à travail égal, salaire inégal », en montrant que la part d’inégalité véritablement due à de la discrimination est de l’ordre de 2-3%, sans compter les différences entre les personnes et leur capacité de séduction ou de persuasion. Ici nous analyserons ces inégalités sous un angle macroéconomique et en adoptant une perspective historique : qu’en est-il de la dynamique des inégalités salariales hommes-femmes ? Comment les expliquer ? Assisterons-nous à la convergence des rémunérations ?

 

I- Une réponse à l’argument des féministes : l’inégalité salariale dans une perspective dynamique

 

Les inégalités salariales, depuis les années 70, sont en baisse constante, d’après le statisticien Simon Georges-Kot (« Écarts de rémunération femmes-hommes : surtout l’effet du temps de travail et de l’emploi occupé », Insee, 18/06/2020) : les inégalités salariales brutes dans le secteur privé sont passées de 42% en 1967 à 28% en 2017 – chiffre qui baisse à moins de 17% si on prend l’équivalent-temps complet – et de 15% en 1995 à un peu plus de 10% en 2017 dans le secteur public.

 

 

Écart de rémunération nette moyenne femmes-hommes dans le secteur privé

 

S’il est vrai que l’étude montre que les écarts augmentent avec le niveau de qualification, autrement dit,  qu’« à niveau de diplôme équivalent », un homme touchera plus qu’une femme, il convient d’une part de tempérer cette conclusion brute en isolant un effet-qualité : un niveau bac + 5 dans des filières scientifiques, prisé dans les industries productives et à forts taux de marge, apportera une meilleure rémunération qu’un bac + 5 en littérature comparée (d’après Emmanuel Vaillant, « Ces filières de filles qui manquent de garçons », pour L’Étudiant, 2011, les filles représentent ainsi 77% des étudiants de master en lettres, langues et sciences humaines). D’autre part, en s’intéressant à l’emploi des chercheurs en sciences dures et sciences de gestion, là encore il apparaît que les femmes sont moins productives que les hommes : d’après l’office de la propriété intellectuelle britannique (« Gender Profiles in worldwide patentent : An Analysis of female inventorship », 2019), seuls 20% des brevets déposés dans le monde ont été déposés par des équipes mixtes comprenant au moins une femme, et seuls 0,3% des brevets ont été déposés par des équipes 100% féminines. Paradoxalement, pour l’emploi qualifié – en ne tenant compte que des travailleurs diplômés d’un niveau « graduate » – l’évolution des salaires des hommes et celui des femmes est équivalent. À en croire l’économiste américain David Autor ( CEPR, 2013), le salaire des hommes et des femmes diplômés d’un niveau graduate a été multiplié par 1,7 entre 1963 et 2017, avec même un léger avantage pour les femmes. Le constat est partagé en France par Simon Georges-Kot (ibid.) : les inégalités des plus qualifiés se réduisent.

La rémunération des hommes est donc supérieure à celle des femmes, parce que les hommes ont plutôt tendance à embrasser des carrières scientifiques, et parce qu’au sein même de ces carrières scientifiques ils sont plus productifs, et cette différence est restée relativement stable dans les quarante dernières années. Les rémunérations des hommes et des femmes convergent donc plus vite que leur niveau de productivité. En clair, à résultat égal, un homme sera tendanciellement moins rémunéré qu’une femme.

 

 

 

II- L’emploi peu qualifié : une trappe à pauvreté pour les hommes

 

Les hommes subissent de plein fouet les chocs économiques conjoncturels, de façon beaucoup plus violente que les femmes, car ils sont sur-représentés dans les métiers pénibles et précaires. En effet, selon un rapport de la DARES (« La répartition des hommes et des femmes par métiers », 12/2013), les hommes représentent 72,9% des agriculteurs, sylviculteurs et bûcherons, 84,2% des ouvriers qualifiés de la manutention, ou encore 97,9% des ouvriers de gros œuvre et de second œuvre du bâtiment. Tous ces emplois, majoritairement occupés par une main-d’œuvre peu qualifiée, sont rémunérés à des salaires proches ou égaux au SMIC. Économiquement, cela signifie qu’ils sont les premiers à pâtir d’un choc conjoncturel, bien avant les employés de l’aide à domicile, les secrétaires, les enseignants ou les infirmiers et sage-femmes, emplois majoritairement occupés par des femmes.

 

Autrement dit, un homme peu diplômé prendra plus de risques qu’une femme en s’engageant sur le marché du travail, pour son corps mais aussi pour ses perspectives d’évolution. Puisque, par ailleurs, le marché du travail français est rigide à cause de politiques comme le SMIC ou le taux très élevé, en France, de charges salariales et patronales, les chocs économiques ont des effets sur le long-terme. En effet, à cause de cette rigidité, les réallocations d’emplois sont très longues et pénibles : le chômage « frictionnel » (qui dure pendant le temps d’ajustement nécessaire à un salarié pour retrouver un emploi) augmente considérablement, et se transforme souvent en chômage « structurel », c’est-à-dire quasiment incompressible.

 

Les chocs de court-terme ont donc un « effet d’hystérèse », ou « effet de cliquet » : même après le choc, les conséquences demeurent. La prolifération des chocs de court-terme depuis la libéralisation commerciale et financière qui a commencé dans les années 80 explique donc une augmentation du chômage et de la précarisation des hommes dans les économies des pays occidentaux. Les inégalités salariales au profit des hommes, qui tendent à baisser de façon considérable, peuvent être considérées comme une « prime de risque » pour ceux-ci, prime de risque qui tend à diminuer avec le temps.

 

 

III- Quels acteurs sont responsables de la convergence des salaires ?

 

Brisons un mythe : les salaires ne convergent pas grâce aux féministes. Les inégalités salariales reflètent, comme nous l’avons vu, soit une différence de productivité, soit un différentiel de prise de risque à la faveur des hommes. La productivité n’est pas directement mesurable, mais certains indicateurs, comme le nombre de brevets déposés, ou la durée des congés-parentalité plus longue pour les femmes que pour les hommes, sont de bons révélateurs. Dès lors, à moins que les femmes ne produisent soudainement le nouveau Nikola Tesla ou le nouvel Elon Musk, les salaires des hauts diplômes ne devraient pas converger.

 

Une raison de la diminution de la « prime de risque » en est le déversement des emplois de l’industrie vers les services, qui offrent une plus grande sécurité pendant les crises. Pendant une crise, on consommera toujours autant de pain, on aura toujours besoin d’informaticiens, de boulangers, de professeurs particuliers. Pour faire des économies, les entreprises, avec leurs plans de restructuration, licencieront en priorité les ouvriers proches du SMIC qui, comme nous l’avons vu plus haut, sont surtout des hommes. Ainsi, plus l’industrie diminue dans un pays, plus la prime de risque diminue. Avec la désindustrialisation, c’est-à-dire la destruction des emplois industriels, la prime de risque diminue donc mécaniquement. Chères féministes, navré de vous le dire, mais vous n’êtes pas responsables de la désindustrialisation.

 

Les féministes se voilent la face et refusent de voir qu’elles se battent contre des moulins à vent : les inégalités salariales existent, à l’échelle macroéconomique, mais elles ont des raisons qu’elles refusent de reconnaître. Plus encore, elles se félicitent de voir les inégalités diminuer avec les années, sans voir qu’elles n’ont aucune prise sur la détermination des salaires. Elles construisent une mythologie de victimes, qui déborde jusqu’à l’économie, pour assimiler le capitalisme au patriarcat.  Doit-on se réjouir de la convergence des salaires et de notre perte de compétitivité ? Une France lestée par un secteur tertiaire lent à nous offrir des gains de productivité est-elle la France que nous souhaitons ? Les féministes n’en ont que faire, seul l’égalitarisme leur importe. Mesdames, merci…

 

 

 

Régis Lanthelme

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