Napoléon, grandeur ou néant?

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La réunion de la Corse au royaume de France précède de seulement une année la naissance de celui que ses adversaires appelaient Buonaparte comme pour souligner son origine honteuse. Au XVIIIe, c’est peu dire qu’un tel état civil ne porte pas spontanément pas à la gloire. Français de circonstances, sinon d’importation, dans une Europe qui tenait la naissance pour un peu plus – son origine alors assez largement méprisée du monde civilisé aurait dû réserver pour tout emploi à son génie l’ennui sur un bout de terre caillouteux, la vendetta ou l’administration de quelques pieds de vigne et oliviers.

Mais, l’histoire lui accordant le beau nom de français allait paver sa route vers la grandeur. Une révolution républicaine, le régicide, la terreur, le désordre, l’insatisfaction partout et des guerres incessantes adressées aux vieilles et honorables monarchies d’Europe… la France montrait au monde que l’on pouvait à peu près tout attendre d’elle. Y compris qu’un corse, officier d’artillerie, sans nom ni fortune donne au monde ses lois et renverse à jamais le cours de l’histoire en régnant avec la couronne de Louis XIV et le courage de Danton sur l’empire de Charlemagne.

 

La Légende

L’Aigle était un piètre Phoenix. Les 100 jours venaient clore « le grand roman » d’une vie dont l’auteur s’attribuait lui-même la qualité épique. Sauf à avoir l’âme sèche, nul ne peut y être insensible – ont répété en cœur Hegel, Stendhal, Chateaubriand, Hugo, Bainville ou De Gaulle. Comme le pensent aussi plusieurs milliers de français qui visitent chaque année ses lieux de mémoire ou entretiennent l’industrie éditoriale de ses biographies  : cultivant la légitime nostalgie d’une France orgueilleuse, dressée à vaincre et redoutée de l’Europe pour ses capacités guerrières.

Qu’en est il de l’homme qui a incarné son pouvoir, ses aspirations et sa gloire ? Il y a la légende dont il est facile de percevoir les causes : un homme qui n’était rien défait dans toutes les cours d’Europe ceux qui étaient tout. L’éclat de nos généraux aussi. L’unanimité enthousiaste d’un peuple à l’annonce des victoires. Une France qui réalise l’unité de l’Europe. Et finalement une métamorphose tragique : déroulée en une longue agonie de Moscou à Sainte Hélène.

Et puis il y a l’histoire. « Au défaut des droits de la naissance, un usurpateur ne peut légitimer ses prétentions au trône que par des vertus » écrivait Chateaubriand en 1814 dans une France qu’occupait entièrement l’étranger .Le résultat du bonapartisme semblait alors aux contemporains assez médiocre pour regarder d’un peu plus près de l’homme qui les avaient envoûtés pendant quinze ans.

 

L’histoire : l’infamie et la débâcle

De cette histoire, surnagent en effet plusieurs infamies, trop nombreuses pour être ignorées. Liquidant les résistances contre-révolutionnaires, pourtant légitimes face à la terreur jacobine, habituant la France au despotisme et la servilité… il aura témoigné beaucoup d’irrespect pour un sens français de l’honneur et de la liberté qu’il comprenait décidément mal. Les couronnes de l’Europe civilisée distribuées à sa tribu d’aventuriers… et des crimes qui l’ont durablement consternée : comme la capture de M. de Frotté, la captivité du pape et enfin l’assassinat du Duc d’Engheim. Installé avec sa famille demi africaine sur le premier trône de l’univers, l’Empereur voulut s’offrir la si noble race de Condé comme piédestal.

Redisons-le : il n’y a rien d’étonnant à ce qu’une telle vie suscite tant d’admirations. Mais un fait est un fait. Pour peu que l’on échappe à l’hypnose, ceux-ci parlent d’eux-mêmes et ne font pas du bonapartisme une vertu. Pas même une politique.

 

La grandeur et le néant

Sa politique venait selon le mot de Thiers continuer la révolution. Ce fut une grande entreprise pour de piètres résultats. Il ne convient pas ici de détailler le déroulement des campagnes que sans doute nos lecteurs connaissent… mais de rappeler qu’elles se terminent par un lamentable échec. Prolongeant l’aventure révolutionnaire par son indiscutable génie politique et militaire, il a laissé la France diminuée, du point où l’avait laissée la République combattante, ou même de l’état où l’avait laissée Louis XVI et finalement assez loin de ses frontières naturelles.

Par contagion, la ruine de la France allait devenir celle de l’Europe. Des guerres continuées ont forcé la conscription qui aurait semblé barbare une décennie plus tôt. On a dépensé en vie humaine sans compter pour faire se jeter les peuples d’Europe les uns sur les autres, en vidant familles, corporations, provinces, métiers et arts. Les nations voisines, obligées, pour se défendre, de recourir à ce terrible moyen cédaient à leur tour à l’ensauvagement. Quand la civilisation s’attache à distinguer le civil du militaire, on voyait ressurgir pour un siècle et demi au moins, des peuples en armes ; Goths et Vandales, Huns et Teutons notamment, qui bientôt de Germanie, se feraient appeler Allemands et viendraient par trois fois envahir la France. Des forces soulevées par Bonaparte allaient durablement retomber sur la France et l’Europe.

Avec pour lourd héritage le chaos, on le dit restaurateur de l’ordre. Car il a été invité par les élites à conjurer le désordre révolutionnaire en un coup de force. Parce qu’il nous reste aussi le code civil et les préfectures… Qu’importe que ces réalisations doivent incomparablement plus aux juristes d’Ancien Régime qu’à l’intuition d’un homme… on loue ses qualités d’administrateurs. Si par l’administration, on entend la faculté de quantifier , ficher toutes les ressources humaines, matérielles, intellectuelles et vivrières d’un pays pour les enrôler et les jeter sur l’étranger ou semer la mort alors Bonaparte a été un grand administrateur. Et si par le goût de l’ordre, on entend l’héritage de plusieurs décennies de guerre et de chaos en Europe, alors il a accompli une œuvre louable.

 

Le souvenir

Pour le reste, le « roman de sa vie » en a engendré bien d’autres. Et la légende résiste toujours à l’histoire. Au XIXe elle a résisté dans la grange de Chabert ou dans la chambrette de Julien Sorel ; peut-être même dans les chansons de vétérans ou les récits de grands-mères. Elle résiste aujourd’hui dans l’industrie éditoriale et touristique : des milliers de visiteurs pour les lieux de mémoire, de juteux livres pour l’histoire patrimoniale. Les français ont le cœur patriote et ce destin les fascine : car il rassemble en lui les plus authentiques séductions d’une épopée nationale.

Qu’un regard politique s’ajoute cependant à tout ce faste : le « grand romanesque » de sa vie est plus qu’un éclat de gloire, fut-il tout à fait hors de l’ordre commun. C’est une explication saisissante de ce que nous sommes devenus, des maux dont nous souffrons ; de ceux que la France, par sa révolution et ses guerres impériales, a infligé à l’ensemble du monde civilisé. D’une Europe vidée de son sang, nivelée dans ses coutumes et durablement ensauvagée ; d’une France depuis longtemps habituée par l’administration et le despotisme à obéir. D’une nostalgie hégémonique qui nous hante, comme du surmoi « des grands » ou de la très stérilisante attente de l’homme providentiel.

 

Le droit à l’oubli

L’antiquité avait engendré de nombreux napoléons : tout à la fois réformateurs, sauveurs, empereurs, conquérants et parfois exilés ; Clisthène, Solon, Alexandre, César ou Cincinnatus. Ce César a eu pour sa chance et pour sa gloire d’être anachronique : une telle aventure humaine était plus qu’improbable et pouvait paraître irrationnelle au siècle des lumières, ; alors que le sage gouvernement, l’usage pratique de la raison la confiance en un monde bientôt maîtrisable et quantifiable auraient dû faire disqualifier la gloire militaire. Aussi, un de ses derniers exemples survit encore.

Il reste que Rien n’échappe à la poussière. Du siècle de Bonaparte, on ne retiendra un jour ni la gloire, ni les victoires, ni le génie militaire ; peut-être pas même l’audacieuse aventure d’un homme mais le souvenir d’occasions manquées où la France a sacrifié les possibilités d’une hégémonie politique durable en Europe , d’abord par hallucination idéologique et finalement par idolâtrie de la grandeur.

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